Compétences & métiers

Les métiers de demain dans l’économie sociale et solidaire : à quoi se préparer ?

Par Maxime
6 minutes

Une économie en mutation qui attire et questionne

La quête de sens et la volonté de s'engager pour l'intérêt général amènent de plus en plus de jeunes diplômés et de professionnels en reconversion à se tourner vers l'économie sociale et solidaire (ESS). Cette branche de l'économie, qui recoupe associations, fondations, coopératives, mutuelles et entreprises sociales, représente en France près de 10% de l'emploi salarié et continue de gagner du terrain, portée par des enjeux sociaux, écologiques et territoriaux d'une grande actualité.

Mais au-delà des métiers traditionnels de l’ESS, de nouveaux besoins émergent, transformant les activités et exigeant des profils hybrides, capables d’innovation, de gestion et d’engagement citoyen. Quelles sont les professions d'avenir dans ce secteur, et surtout, comment s’y préparer concrètement ?

Comprendre les grandes évolutions du secteur ESS

La transition écologique, l’inclusion sociale, la digitalisation, le développement des circuits courts ou encore l’économie circulaire sont au cœur des dynamiques actuelles de l’ESS. Sous l’impulsion des politiques publiques (loi ESS de 2014, PACTE, plan de relance) et de la mobilisation citoyenne, de nouveaux modèles se mettent en place à l’échelle locale comme internationale.

  • Hybridation des compétences : gestion de projet, entreprenariat social, innovation numérique, démarche d’impact, animation de communauté, etc.
  • Montée en puissance de l’évaluation d’impact : nécessité d’objectiver l’utilité sociale et environnementale des actions menées.
  • Renforcement de la coopération : multipartenariat, développement des territoires, plateformes collaboratives.
  • Recherche de nouveaux modèles économiques : diversification des sources de financement, crowdfunding, modèles mixtes.

Ces transformations profondes reconfigurent les besoins en compétences et dessinent les métiers de demain dans l’ESS.

Panorama des métiers en plein essor dans l’ESS

Si les métiers « traditionnels » (chargé de mission, directeur d’association, éducateur spécialisé, animateur, gestionnaire de structure…) restent au cœur du secteur, l’essor des problématiques transverses et des projets pluridisciplinaires fait émerger de nouveaux profils recherchés.

  • Chargé d’innovation sociale : dénicher, concevoir et piloter des solutions nouvelles pour répondre à des enjeux de territoire ou de public spécifique (logement, santé, alimentation, mobilité…). Ce métier requiert sens de l’écoute, créativité, gestion de projet et capacité à fédérer un écosystème.
  • Chef de projet économie circulaire : accompagner la transformation vers des modèles de production, consommation et gestion des déchets plus vertueux, avec des acteurs privés, publics et associatifs.
  • Responsable RSE au sein d’une structure ESS : piloter les démarches de responsabilité sociale, environnementale et éthique à tous les niveaux de l’organisation.
  • Médiateur numérique et inclusion digitale : rendre les outils et usages numériques accessibles aux publics vulnérables, former, créer et animer des tiers-lieux ou espaces partagés.
  • Coordinateur de tiers-lieu ou fablab inclusif : créer du lien entre des publics variés (habitants, jeunes en décrochage, entrepreneurs, artistes…), monter des événements, animer des ateliers participatifs.
  • Animateur de communautés et réseaux citoyens : booster l’engagement, la participation et la co-construction de projets d’utilité sociale via les outils collaboratifs ou la mobilisation sur le terrain.
  • Conseiller en financement solidaire : accompagner à la recherche de fonds (subventions, mécénat, prêts solidaires, campagnes participatives)
  • Auditeur d’impact social/environnemental : mesurer et valoriser les externalités positives, accompagner la démarche qualité et l’amélioration des pratiques.

À ces fonctions s’ajoutent toutes celles en lien avec la transition énergétique, l’agriculture durable, l’accès au logement solidaire, la santé communautaire ou encore l’éducation à la citoyenneté.

Quelles compétences clés développer pour ces métiers d’avenir ?

L’entrée dans l’ESS ne se réduit plus à la maîtrise des bases de la gestion associative ou de l’action sociale. Les recruteurs recherchent aujourd’hui des talents polyvalents, dotés de « soft skills » et d’une capacité d’adaptation forte.

  1. Pensée systémique et approche transversale : comprendre et relier des enjeux économiques, sociaux et écologiques, savoir travailler avec des acteurs divers, raisonner en écosystèmes.
  2. Compétences numériques et communication : gestion de projet digital, animation d’outils collaboratifs, production de contenus, maîtrise des réseaux sociaux pour la mobilisation ou la collecte.
  3. Capacités d’innovation et d’initiative : oser proposer, tester, réajuster, expliquer. Les projets ESS se construisent souvent par essai-erreur et sur des modèles non figés.
  4. Gestion de projet agile : pilotage, évaluation, planification, démarche qualité, recherche de financement, reporting.
  5. Sens éthique, empathie, intelligence collective : savoir écouter, faire participer, décloisonner les expertises, animer des équipes pluriculturelles, fédérer autour d’une vision commune.
  6. Savoir mobiliser et former : que ce soit en présentiel ou à distance, avec des publics variés (bénévoles, habitants, entrepreneurs, partenaires institutionnels).

Se former et s’orienter vers ces nouveaux métiers

Les parcours pour rejoindre l’économie sociale et solidaire sont multiples, du bac professionnel à la formation continue, en passant par les diplômes universitaires spécialisés.

  • Formations courtes et spécialisées : certifications (DU, titres RNCP, bachelor ESS, gestion de projets solidaires, animation numérique ou transition écologique).
  • Licences et masters dédiés : en management de l’économie sociale et solidaire, économie circulaire, innovation sociale, ingénierie de projets territoriaux.
  • Expériences en alternance ou stages longs : capitaliser sur la diversité des missions, connaître le terrain, se construire un réseau.
  • MOOC & formations en ligne : sensibilisation à l’innovation sociale, financement participatif, gestion associative… Pour s’initier, se spécialiser ou évoluer tout au long de sa carrière.

Il est aussi important de multiplier les expériences bénévoles, le volontariat associatif ou les missions citoyennes afin de tester son appétence, d’élargir ses compétences et de démontrer sa motivation, souvent un critère de sélection essentiel dans l’ESS.

Témoignages : parcours inspirants et conseils de terrain

« Après une licence en droit, j’ai choisi un master en management de l’innovation sociale. J’ai piloté un projet de recyclerie participative, puis rejoint une coopérative de production locale. Ce que j’aime, c’est la diversité : une même semaine, j’accompagne des porteurs de projet, monte des dossiers de financement, anime un atelier avec des jeunes et gère la communication sur les réseaux sociaux. Il faut aimer apprendre en permanence, s’adapter et travailler en équipe ! »
– Clara, cheffe de projet ESS

« Je viens du numérique. J’ai créé un tiers-lieu dans une petite ville avec une asso, puis un fablab solidaire. Au début, je ne connaissais pas le secteur : beaucoup d’autonomie, mais aussi une communauté hyper-solidaire. On bricole, on forme, on accueille, et on invente l’avenir localement. Il y a de la place pour celles et ceux qui veulent s’engager dans l’innovation sociale et environnementale. »
– Ahmed, coordinateur de tiers-lieu

Quelles perspectives d’évolution et quels défis ?

  • Des besoins de professionnalisation croissants : les structures ESS cherchent à se structurer, à consolider leurs modèles économiques, à prouver leur impact. Les métiers du contrôle de gestion, du financement solidaire, des ressources humaines et du développement partenarial deviennent stratégiques.
  • Un marché en mutation : l’ESS attire des profils variés (jeunes diplômés, cadres en reconversion, techniciens, etc.) mais peine parfois à fidéliser à cause de la précarité de certains contrats. La montée des groupements d’employeurs, des coopératives d’activité, des plateformes d’accompagnement à l’emploi ESS créent de nouveaux relais.
  • L’ouverture internationale : coopération, économie du partage, ONG… les horizons s’élargissent et rendent certains profils mobiles très attractifs.

Pour s’épanouir dans l’ESS de demain, il faut conjuguer compétences stratégiques et opérationnelles, sans perdre de vue l’engagement et l’utilité pour la société.

En synthèse : comment se préparer aux métiers de demain dans l’ESS ?

  • Identifier les nouvelles fonctions émergentes, au croisement de l’innovation, du numérique, de la transition écologique et de l’engagement citoyen.
  • Se former à la gestion de projet, à la conduite agile du changement, aux méthodes collaboratives et à l’évaluation d’impact social.
  • S’investir concrètement dans des expériences associatives ou citoyennes pour bâtir un réseau et démontrer ses savoir-être.
  • Rester en veille sur les évolutions du secteur ESS, via les réseaux spécialisés, les MOOC, les forums d’emploi et les communautés d’innovation sociale.
  • Oser la mobilité et l’expérimentation, car les transitions professionnelles sont la norme dans ce secteur en plein remaniement.

L’économie sociale et solidaire s'impose aujourd’hui comme un terrain de jeu privilégié pour celles et ceux qui souhaitent bâtir une carrière utile et en cohérence avec leurs valeurs. Les métiers de demain y demandent à la fois expertise et audace, engagement personnel et ouverture à l’innovation. À chacun·e de tracer sa voie, en mobilisant toutes les ressources disponibles pour se former, s’informer et s’engager sur le terrain.

Pour aller plus loin sur l’actualité, les formations et les perspectives concrètes des métiers de l’ESS, retrouvez nos dossiers spéciaux sur formationconcrete.fr.

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