La tech en pleine croissance, mais confrontée à un manque de compétences
Au cœur de l’économie numérique, les métiers de la tech connaissent depuis plusieurs années une expansion sans précédent. Entre le développement web, l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore la gestion des données, la demande pour des compétences techniques explose. Pourtant, de nombreuses entreprises peinent à recruter les profils adéquats : la pénurie de talents est désormais l’un des sujets majeurs de l’écosystème digital, en France comme à l’international.
Quels sont les ressorts de cette tension sur le marché ? Quelles stratégies les organisations et les candidats peuvent-ils adopter pour y faire face ? Analyse et pistes de réflexion pour comprendre les enjeux et anticiper les évolutions du secteur.
Comprendre la pénurie de talents : un phénomène aux multiples causes
Le déficit de main-d’œuvre qualifiée dans les métiers numériques résulte de plusieurs facteurs combinés :
- Une croissance rapide des besoins : chaque entreprise, quel que soit son secteur, intègre désormais des briques numériques à ses activités. Transformation digitale, e-commerce, automatisation : ces évolutions multiplient les offres d’emploi techniques.
- Des formations parfois en décalage : les cursus scolaires et universitaires peinent à suivre le rythme de mutation des métiers. Certains langages, outils ou pratiques — populaires depuis moins de 5 ans — sont encore absents de nombreux parcours diplômants.
- Une concurrence internationale exacerbée : les profils expérimentés en développement, data ou cybersécurité sont très courtisés à l’échelle mondiale, poussant parfois à l’expatriation ou à l’augmentation rapide des salaires.
- Un manque d’attractivité ou de diversité dans le secteur : la tech reste perçue comme un univers masculin, urbain et exigeant, ce qui freine la constitution de viviers de recrutement plus larges.
Le résultat est sans appel : selon plusieurs études (France Digitale, Syntec Numérique), plus de 80 000 postes en informatique restent non pourvus chaque année en France, toutes spécialités confondues.
Les métiers les plus recherchés et les profils en tension
- Développeur(euse)s web et logiciels (front-end, back-end, full-stack)
- Ingénieurs data, data scientists et data analysts
- Spécialistes en sécurité informatique (cybersécurité)
- Architectes cloud et experts en infrastructures
- Chefs de projet et product owners spécialisés dans le digital
- UX/UI designers
- Experts en intelligence artificielle et machine learning
À ces fonctions s’ajoutent d’autres spécialisations émergentes : blockchain, DevOps, automatisation, réalité augmentée… Beaucoup de ces métiers souffrent d’un déficit de formation initiale et d’un turnover élevé, en particulier dans les petites et moyennes entreprises.
Favoriser l’accès à la tech : repenser la formation et l’orientation
1. Miser sur l’alternance et les formations courtes
Face au besoin de renouvellement rapide des compétences, de plus en plus d’organismes multiplient les cursus professionnalisants :
- L’alternance permet à des étudiants ou à des personnes en reconversion d’acquérir expérience et diplôme tout en intégrant une équipe tech — format plébiscité autant par les jeunes diplômés que par les entreprises.
- Les bootcamps, formations intensives de 2 à 6 mois, forment aux bases du développement, du design ou de la data, avec un volet pratique très important et une insertion efficace à court terme.
- La formation continue offerte par des plateformes de e-learning ou des écoles spécialisées, propose aux professionnels d’actualiser leurs connaissances sans interrompre leur activité.
2. Encourager la diversité des profils et la mixité
Femmes, personnes issues de reconversion, profils autodidactes, juniors sans diplôme d’ingénieur: la tech a besoin d’ouvrir ses portes à des talents variés. De nombreuses initiatives (associations, événements, réseaux de femmes dans le numérique…) visent à briser les stéréotypes et à accompagner l’intégration de nouveaux publics.
- Mentorat, ateliers « découverte » et partenariats avec des lycées constituent autant de leviers pour attirer et fidéliser des candidats parfois éloignés du secteur.
Les entreprises à l’action : adaptation des recrutements et fidélisation
1. Repenser l’expérience candidat
Dans un marché tendu où la demande excède l’offre, les employeurs doivent innover :
- Simplification des processus : moins de tests techniques, entretiens plus humains, retours rapides — le but étant de ne pas décourager ou « perdre » les candidats en route.
- Prise en compte des « soft skills » : adaptabilité, curiosité, capacité à apprendre vite sont souvent aussi décisifs qu’un diplôme prestigieux.
- Ouverture à l’international ou au travail à distance : recours au télétravail, constitution d’équipes distribuées pour élargir le vivier de recrutement.
2. Miser sur la formation interne et la montée en compétences
Plutôt que d’attendre le « profil parfait », de plus en plus d’entreprises investissent dans la formation continue de leurs salariés.
- Mise en place de programmes de reskilling (formation à un nouveau métier numérique en interne).
- Encouragement à la certification (secteurs cloud, cyber, data).
- Cooptation, parrainage par des collègues plus expérimentés.
Cette logique de développement des talents favorise la rétention et l’engagement sur le long terme.
La reconversion, une piste pour élargir le vivier
Les parcours de reconversion vers la tech se multiplient, portés par l’envie de donner un nouvel élan professionnel et par la promesse de métiers durables et porteurs.
- Programmes de reconversion financés par l’État ou par les Régions (POEC, CPF, dispositifs « emplois francs numériques »…).
- Actions d’accompagnement proposées par Pôle Emploi ou des organismes spécialisés : bilans de compétences, coaching, ateliers projet professionnel.
- Succès croissants des bootcamps accessibles à des adultes en reconversion, même débutants.
La reconversion nécessite toutefois un cadre motivant et réaliste. Un accompagnement personnalisé, une validation progressive des acquis et des perspectives d’embauche réelles sont au cœur des dispositifs qui fonctionnent.
Le rôle clé des écoles du numérique et des certifications
Pour répondre aux besoins du marché, de nombreux acteurs publics et privés multiplient les cursus spécialisés :
- Grandes écoles et universités qui étoffent leurs filières numériques, souvent en lien direct avec les entreprises.
- Écoles spécialisées (École 42, Epitech, Simplon, Le Wagon, etc.) misent sur l’apprentissage pratique, les projets concrets et l’apprentissage entre pairs.
- Certifications reconnues (AWS, Google, Microsoft, Scrum…) qui valident rapidement des compétences techniques précises et sont appréciées en France comme à l’international.
Ces cursus offrent des passerelles efficaces, y compris pour les personnes non titulaires de diplômes informatiques à l’origine.
Focus sur le retour d’expérience : témoignage
« J'étais professeur de mathématiques lorsque je me suis inscrit à une formation intensive en développement web. Après cinq mois de bootcamp et un accompagnement à la recherche d'emploi, j'ai rejoint une startup où je peux combiner mon goût de la logique et le travail en équipe. Le secteur est exigeant, mais il reste possible d'apprendre en continu et d’évoluer rapidement — à condition d’être curieux et persévérant. »
– Christophe, développeur junior en reconversion.
Vers un écosystème plus inclusif et durable
La pénurie de talents doit être l’occasion de repenser en profondeur la place de la tech dans la société et l’économie.
- Valoriser les vocations très tôt, dès le collège et le lycée, pour déconstruire les clichés et ouvrir la voie à de futurs professionnels de tous horizons.
- Soutenir le mentorat, l’apprentissage pair-à-pair et les communautés open source pour que chacun·e puisse se former à son rythme, en pratique.
- Favoriser l’évolution interne et la formation tout au long de la vie, car la tech n’est plus un « métier de jeunes », mais un secteur où changer, progresser, se réinventer est vital.
En synthèse : des solutions multiples pour relever le défi
- Développer plus de formations concrètes, accessibles et alignées sur les besoins réels du marché pour anticiper la pénurie.
- Massifier la reconversion et l’accompagnement des publics éloignés ou sous-représentés.
- Rendre les métiers accessibles et attrayants auprès des jeunes, des femmes, des profils atypiques ou autodidactes.
- Mettre l’accent sur la formation continue et l’évolution interne, pour construire des carrières durables au sein de la tech.
- Nourrir une culture d’inclusion et de transmission pour répondre durablement aux besoins de l’économie numérique.
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