Se former tout en travaillant : un défi réalisable
Reprendre une formation en étant salarié, changer de voie sans démissionner, ou acquérir de nouvelles compétences alors qu'on est déjà en poste : autant de projets qui, chaque année, concernent des milliers d'actifs en France. Mais concilier vie professionnelle et apprentissage suppose de trouver un équilibre financier. Heureusement, de nombreuses solutions existent : tour d'horizon des dispositifs qui facilitent le financement d'une formation sans quitter son emploi.
Distinguer les besoins : reprendre ses études ou se perfectionner ?
Avant toute démarche, il convient de cerner son objectif : vise-t-on une réorientation totale, une montée en compétences, l'obtention d'un diplôme reconnu ou une certification court terme ? Ce choix influe directement sur les modalités de formation (temps plein ou partiel, présentiel ou à distance, validation des acquis...) et sur les dispositifs de financement accessibles. Pour chaque projet, il existe des solutions adaptées.
Le Compte Personnel de Formation : pilier du financement individuel
Le Compte Personnel de Formation (CPF) constitue la ressource phare des actifs : alimenté tout au long de la carrière, il permet de financer une large palette de formules : diplômes, certifications professionnelles, bilans de compétences, permis de conduire, etc.
- Jusqu’à 500 €/an sont accumulés (800 € pour les non-qualifiés), dans la limite d’un plafond (5 000 à 8 000 €).
- L’inscription se fait en ligne via moncompteformation.gouv.fr et débouche sur un financement sans intermédiaire ni justificatif à fournir à l’employeur (hors formations sur temps de travail).
- Pour suivre une formation sur son temps de travail, il convient d’obtenir l’accord de son employeur sur le calendrier.
Le CPF est cumulable avec d’autres aides. À surveiller tout de même : un reste à charge a été instauré en 2024, mais de nombreux abondements existent.
Enrichir son CPF : abondements employeurs, OPCO et régions
Lorsque le CPF ne couvre pas la totalité du coût de la formation, des co-financements sont envisageables :
- L’abondement employeur : l’entreprise peut accepter de compléter le budget pour une formation en lien avec ses besoins stratégiques ou son plan de développement des compétences.
- L’abondement OPCO : les Opérateurs de Compétences (OPCO) soutiennent les salariés dans certains secteurs prioritaires ou pour l’obtention d’un diplôme indispensable.
- Aides régionales ou publiques: selon sa situation, le Conseil régional, Pôle Emploi ou des caisses spécifiques (fongécif, AGEFIPH pour les personnes en situation de handicap) peuvent débloquer des fonds.
Il convient donc de se rapprocher de son service RH, de l’OPCO de branche ou d’un conseiller en évolution professionnelle pour évaluer ses droits.
Le Projet de Transition Professionnelle : une reconversion avec maintien de salaire
Pour ceux qui envisagent une réorientation en profondeur, le Projet de Transition Professionnelle (PTP) — ex-CIF — permet de suivre une formation longue (jusqu’à 12 mois à temps plein, 24 mois à temps partiel) tout en conservant sa rémunération.
- Le salarié doit disposer de 24 mois d’ancienneté (36 dans les petites entreprises) dont 12 dans l’entreprise actuelle.
- Un dossier est à constituer avec le Transition Pro régional et l’employeur, présentant le projet et la cohérence du parcours.
- Si accepté, le salaire est maintenu (jusqu’à 100% pour les bas salaires), les frais pédagogiques et de déplacement peuvent être pris en charge.
Ce dispositif implique une interruption temporaire du contrat de travail, mais reste un vecteur essentiel de sécurisation pour changer de voie.
Le Plan de développement des compétences : solution collective pilotée par l’employeur
L’entreprise peut décider de financer directement la formation de ses salariés dans le cadre de son plan de développement des compétences. Avantage : la formation est alors prise en charge financièrement et organisationnellement (congé formation, maintien du salaire, soutien logistique).
- Le choix de la formation correspond à un besoin préalablement identifié par l’employeur (montée en compétences, adaptation à un changement d’outils ou de règlementations, etc.).
- Le salarié peut faire une demande, mais l’arbitrage revient à la direction.
- Des dispositifs spécifiques existent pour les PME/TPE via les OPCO.
Pour accéder aux formations stratégiques pour l'entreprise, c'est fréquemment la voie la plus sécurisante.
Adapter le format : l’alternance et les formations hybrides
Le contrat de professionnalisation ou d’apprentissage n’est pas réservé aux jeunes. Jusqu’à 29 ans révolus, et désormais sans limite d’âge pour certains publics (bénéficiaires du RSA, travailleurs handicapés, etc.), il permet de se former tout en étant salarié à part entière :
- Le salarié alterne temps de travail et sessions de formation, en école ou à distance.
- La rémunération s’échelonne en fonction de l’âge.
- Tous les frais de formation sont pris en charge par l’employeur et/ou l’OPCO.
De même, de nombreuses formations proposent aujourd’hui des modules du soir, le week-end ou à distance (FOAD, Mooc, e-learning), facilitant une organisation sur-mesure pour ceux qui souhaitent apprendre à leur rythme tout en travaillant.
Congés et temps partiels modulables pour étudier
Certaines situations imposent un aménagement du temps de travail :
- Le Congé Individuel de Formation (CIF) a été remplacé par le PTP avec maintien de rattaché au poste.
- Le congé pour VAE (Validation des acquis de l’expérience): jusqu’à 24h d’absence autorisée pour préparer un dossier VAE.
- Le temps partiel pour formation: il est possible, sous conditions et avec l’accord de l’employeur, de réduire temporairement son temps de travail pour suivre une formation. Ce temps perdu peut être indemnisé dans certains cas.
Cas spéciaux : travailleurs indépendants, agents publics et demandeurs d’emploi
Pour les indépendants, le CPF est alimenté à hauteur de leur chiffre d’affaires, la formation pouvant viser la gestion d’entreprise, un renforcement de compétences techniques ou l’obtention d’un titre professionnel. Les fonds d’assurance formation (FAF, Agefice, FIFPL) complètent souvent le CPF.
Pour le secteur public, chaque agent bénéficie d’un CPF, mais aussi de dispositifs propres : congé formation professionnelle, mobilisation du plan local de développement des compétences, préparations concours, VAE.
Pour les demandeurs d’emploi, le Pôle Emploi et les régions proposent des Aides Individuelles à la Formation (AIF), alors que l’ARE formation peut assurer le maintien des allocations durant le parcours.
Astuce : cumuler plusieurs aides pour réduire son reste à charge
Un même projet peut mobiliser différents financements : CPF + abondement + plan d'entreprise + aides régionales. Parfois, il existe des fonds de transition sectoriels (transition écologique, numérique, soins et santé) qui allouent des budgets spécifiques.
Pour optimiser son financement, il est vivement conseillé de réaliser un diagnostic conseil (gratuits via Conseillers en évolution professionnelle). Ceux-ci bâtissent avec vous un plan de financement et simplifient le montage administratif.
Les petits plus pour démarrer sereinement sa formation en étant salarié
- Parler de son projet très tôt avec son manager et son service RH pour anticiper les contraintes organisationnelles (remplacement, répartition des missions, horaires ajustables).
- Choisir des formations compatibles avec une poursuite d’activité salariée : formats soir, week-end, distance, rythme adapté.
- Maintenir un réseau solide : en discutant avec d’autres actifs formés tout en travaillant, on bénéficie d’expériences inspirantes et de conseils pour gérer la charge de travail.
- Adapter son rythme de vie : préparer des périodes intenses, anticiper la fatigue, mobiliser son entourage.
La parole à Claire, salariée devenue développeuse grâce au CPF
« J’étais assistante administrative et j’avais envie de me reconvertir dans le développement web. J’ai d’abord cumulé des Mooc le soir, puis j’ai utilisé mon CPF et obtenu un abondement de mon entreprise car le besoin était stratégique pour mon service. J’ai prévenu mon manager en amont, qui m’a proposé un temps partiel pendant les 6 mois de la formation. Le point crucial a été d’organiser son temps entre la vie pro, la famille et les devoirs. Aujourd’hui, j’ai intégré un nouveau poste et je ne regrette pas cette période intense ! »
À retenir pour une formation réussie en conciliant emploi et finances
- Explorer toutes les aides : CPF, abondements, plans entreprises, dispositifs régionaux ou sectoriels.
- Oser dialoguer avec son employeur et formuler clairement ses besoins de développement.
- Anticiper les modalités pratiques et administratives dès le début : dates, horaires, organisation, prise en charge.
- Privilégier les formats modulaires et progressifs pour mieux s’adapter à l’emploi du temps professionnel.
- Se faire accompagner par un conseiller CPF ou CEP pour affiner son projet et bénéficier d’un appui sur les dossiers.
Les solutions de financement pour se former tout en restant en poste sont multiples, quel que soit le parcours ou l’objectif. Renseignez-vous, faites preuve de persévérance dans le montage des dossiers, et gardez en tête que chaque compétence acquise est un investissement sur l’avenir ! Pour aller plus loin, parcourez les dossiers thématiques et guides pratiques disponibles sur formationconcrete.fr : ils offrent des ressources concrètes et des astuces pour franchir le pas et conjuguer carrière et formation.