Pourquoi les erreurs varient-elles selon la langue maternelle ?
Apprendre le français en tant que langue étrangère présente de multiples défis. Mais saviez-vous que la plupart des fautes commises par les apprenants sont loin d’être aléatoires ? Les erreurs reflètent souvent l’influence de la langue maternelle. Qu’il s’agisse de confusions grammaticales, de faux-amis ou de maladresses de vocabulaire, chaque origine linguistique a ses « pièges » typiques.
Comprendre cette influence est une clé pour progresser plus vite et cibler ses points faibles. Cet article propose un panorama des fautes fréquentes classées par grandes familles de langues, accompagné de conseils concrets pour les éviter.
Comprendre la notion d’interférence linguistique
L’apprentissage d’une langue nouvelle s’appuie très naturellement sur ce que l’on connaît déjà : notre système linguistique de base, forgé par la langue maternelle. C’est ce qu’on appelle l’interférence linguistique. Cette tendance naturelle à calquer les structures ou habitudes de sa langue d’origine, bien que rassurante, induit des fautes récurrentes. Orthographe, grammaire ou prononciation : tout peut y passer.
Les erreurs typiques selon les grandes familles de langues
1. Locuteurs de langues germaniques (allemand, néerlandais, anglais…)
- La place des adjectifs : En français, l’adjectif suit souvent le nom (« un livre intéressant »), alors qu’en anglais ou en allemand, il précède (« an interesting book », « ein interessantes Buch »). Conséquence : beaucoup écrivent ou prononcent « intéressant livre », ce qui sonne maladroit.
- Genre grammatical : Les anglophones sont perturbés par le fait que chaque nom soit masculin ou féminin (un table, une chaise…). L’article et l’adjectif sont donc souvent utilisés au hasard : « le carte », « petit voiture ».
- Prononciation des voyelles nasales : Les sons « on », « an », « in » n’existent pas en anglais ni en allemand, d’où des prononciations « en plat » au lieu de « en plan ».
- Omission des liaisons : Les apprenants oublient les liaisons (« ils arrivent » n’est pas prononcé « il zarivent »), ce qui donne un français saccadé.
- Confusion entre passé composé et imparfait : L’absence de nuance entre actions ponctuelles et descriptives mène à des erreurs comme « J’allais au cinéma hier » (au lieu de « Je suis allé »).
2. Locuteurs de langues latines (espagnol, italien, portugais…)
- Usage abusif des articles : L’espagnol et l’italien utilisent plus souvent l’article défini (“le”) que le français. Les phrases deviennent « Le Paul est à la maison » au lieu de « Paul est à la maison ».
- Faux-amis lexicaux : Les mots qui existent dans les deux langues mais avec une signification différente sont une grande source d’erreur (“actuellement” en français = “en ce moment”, alors qu’en espagnol “actualmente” = “actuellement”).
- Prononciation des consonnes finales : Dans les langues latines, on prononce toutes les lettres. D’où « parlentte », « rougeu ».
- Confusion entre passé simple/passé composé : Leur usage du prétérit ou du passé composé conduit à mélanger les registres du français parlé et écrit.
- Influence de la double négation : Les hispanophones omettent parfois « ne » dans la négation (« Je mange pas »).
3. Locuteurs de langues slaves (russe, polonais, ukrainien, bulgare…)
- Omissions des articles : Beaucoup de langues slaves n’ont pas d’articles définis ou indéfinis. Les apprenants disent « Je veux pomme », « J’achète livre ».
- Genres/desinences : Les adjectifs s’accordent mal, avec des mélanges de genre (“ma voiture rouge” devient “mon voiture rouge”).
- Ordre des mots : Les langues slaves tolèrent plus de variations dans l’ordre des mots. Cela donne des phrases calquées lexicalement du type “Elle hier au magasin est allée”.
- Usage limité des temps composés : Le passé simple, l’imparfait et le passé composé sont souvent confondus.
4. Locuteurs de langues asiatiques (chinois, vietnamien, japonais…)
- Absence d’accord : En mandarin ou japonais, il n’y a ni pluriels ni genre ; d’où des erreurs persistantes sur l’accord de l’adjectif ou du verbe (“elles est content”).
- Difficulté avec les prépositions : Les prépositions françaises (à, chez, dans, sur…) n’ont pas toujours d’équivalent, générant « J’habite Paris » (au lieu de « à Paris »).
- Emploi incertain des temps verbaux : Les systèmes verbaux étant beaucoup plus simples, la confusion entre temps et modes est très fréquente (“hier je vais au cinéma”).
- Prononciation du « r » et « l » : Nombre d’Asiatiques mélangent et confondent ces sons, difficiles pour eux (“lue” au lieu de “rue”).
5. Les particularités de certains locuteurs arabophones et africains
- Problème de voyelle nasale et finale : En arabe standard, les nasales sont absentes ; « blanc » peut devenir « blan ». Par ailleurs, les consonnes finales peuvent être omises (“un to” au lieu d’“un toit”).
- Omission des « e » muets : Les arabophones ne prononcent pas ou écrivent mal certains “e” muets (“petite fille” deviant “petit fille”).
- Inversion de l’ordre des mots : L’ordre SVO (sujet-verbe-objet) n’est pas toujours respecté.
- Difficulté avec l’usage de la négation : La structure double “ne … pas” est souvent simplifiée en “je mange pas”.
Les fautes universelles : attention aux pièges liés au français lui-même
Certains pièges ne sont pas liés à la langue maternelle, mais aux spécificités du français :
- Les homophones (ver / verre / vert), “la” vs “là” ; distinctions difficiles à l’oral.
- L’utilisation de l’apostrophe : « le ami » au lieu de « l’ami ».
- La conjugaison des verbes pronominaux : “je me lave” ≠ “je lave”.
- Participe passé accord : “elles sont tombées”, “ils sont tombés” – souvent sources d’erreur.
Comment repérer (et corriger) ses fautes fréquentes ?
Pour avancer plus vite, il est très utile de cibler les fautes que l’on commet selon son propre profil d’apprenant. Quelques méthodes :
- Faire relire ses écrits à un natif ou à un professeur formé à la phonétique contrastive.
- Tenir un carnet de ses fautes récurrentes, pour chaque type de structure (genre, accord, place de l’adjectif…)
- Utiliser des outils de correction en ligne (Antidote, BonPatron…) qui signalent les fautes typiques par type.
- Comparer des phrases types (français vs langue maternelle), pour repérer où l’“interférence” est la plus forte.
- Travailler par familles de fautes : une semaine sur les accords, une semaine sur les temps verbaux, etc.
Zoom sur des cas concrets : témoignages d’apprenants
« Venant du russe, j’ai longtemps oublié les articles en français. Je pensais toujours que dire “j’ai chien” était correct. Ce n’est qu’en notant mes phrases à l’oral et en les montrant à des amis français que j’ai pris conscience du problème ! »
« Comme anglophone, le genre m’a posé problème. Je disais toujours “la soleil” pour “le soleil”. Ce sont les flashcards et les images associées qui m’ont permis de retenir les genres peu à peu »
Conseils pratiques pour limiter l’influence de la langue maternelle
- Exposer son oreille à du français authentique (podcasts, films, radio), pour percevoir les nuances inconscientes.
- Mimer des phrases entières plutôt que des mots isolés : on retient mieux les structures naturelles.
- Prendre conscience de ses « automatismes » et ne pas hésiter à se corriger à voix haute.
- Enregistrer sa prononciation puis la comparer à la version standard.
- Travailler avec d’autres apprenants de la même origine, pour discuter de ses difficultés et des erreurs communes.
- Oser demander : « Est-ce que cette phrase se dit comme ça en français ? » à des natifs.
Outils et ressources ciblés disponibles en ligne
- Bases de données d’exercices par langue d’origine (TV5MONDE, Cavilam, Alliance Française).
- Applications dédiées au FLE (français langue étrangère) avec modules sur les fautes fréquentes (Duolingo, Gymglish, Mosalingua).
- Groupes de discussion et réseaux d’échanges linguistiques (Tandem, Conversation Exchange, HelloTalk).
- Tutoriels vidéo thématiques sur YouTube, Podcasts spécialisés, ou dictionnaires contrastifs.
En résumé : transformer ses erreurs en points d’appui pour progresser
Chaque langue maternelle colore notre apprentissage du français ; en prendre conscience, c’est gagner du temps et oser apprendre sans complexe. Les fautes, loin d’être des obstacles, sont les jalons visibles du progrès. Identifier ses pièges typiques selon son profil linguistique permet de cibler ses révisions, d’éviter les répétitions inutiles et surtout de communiquer, peu à peu, avec plus d’aisance et de précision. Pensez au « carnet d’erreurs » personnel et n’hésitez pas à consulter des ressources adaptées à votre parcours sur formationconcrete.fr pour aller plus loin dans votre apprentissage du français !